Barenton

La fontaine qui, selon la légende, « bout tout en étant froide » et qui est flanquée d’un perron (dalle de pierre) capable de déclencher les orages. Elle est traversée par de grosses bulles d’azote qui s’échappent du fond de l’eau et l’on croirait voir la surface de la fontaine entrer en ébullition. A coté d’elle, une large pierre (le Perron de Merlin) est dotée du pouvoir de déclencher l’orage, si l’on sait quel rituel accomplir. On cite souvent la canicule de 1835 où le clergé de Condorcet se rendit à Barenton pour amener la pluie.

Autour de Barenton se déroule « Le chevalier au lion », le roman de Chrétien de Troyes : Yvain, neveu du Roi Arthur, jeune chevalier quitte la cour pour Brocéliande où il sait rencontrer l’aventure auprès d’une fontaine aux étranges pouvoirs. Dans la forêt, il trouve Barenton et verse sur le perron de l’eau de la fontaine. Un orage inouï éclate ; le calme revenu, surgit un chevalier noir qui défie Yvain. Mais celui-ci blesse son adversaire et le poursuit jusqu’à son château où il reçoit l’aide de Luned, suivante de Dame Laudine (Dame de la fontaine et veuve du chevalier noir). Yvain tombe amoureux de Laudine et l’épouse. Après leur mariage, la Dame de la fontaine lui accorde un an de liberté, mais il oublie de revenir à temps et elle le bannit. Il erre en Brocéliande pendant des mois, et pour reconquérir son épouse, passe par les plus dures épreuves : faim, solitude, folie. Habitué à servir sa seule gloire, il apprend à se battre et à souffrir pour autrui. Au terme de son errance en forêt, pendant laquelle il sauve un merveilleux lion qui s’attache à lui, il regagne le cœur de sa dame et redevient ainsi le gardien de la fontaine.

Barenton

Pour accéder à Barenton, il faut passer par le village de « Folle-Pensée » qui signifie « folie guérie »: ce nom est en référence à une école de médecine druidique qui, établie à Barenton, aurait eu pour spécialité de guérir les problèmes mentaux. Tristan, Lancelot, Yvain et Merlin lui-même affrontèrent l’épreuve de la folie, et ils se réfugièrent seuls et nus, au cœur de la forêt, près de fontaines apaisantes et ils renaquirent de ce retour à l’état sauvage.

Trécesson

Le plus beau château de Brocéliande, connait lui aussi des légendes : les malheurs de la mariée de Trécesson.

Chateau-de-Trecesson

Une nuit, un braconnier embusqué dans le parc du château voit s’arrêter près de lui un carrosse sombre. Deux hommes en noir en descendent et entreprennent de creuser une fosse profonde. Ce travail accompli, ils font descendre de la voiture une jeune femme en tenue de mariée et, malgré ses pleurs, l’enterrent vivante avant de s’enfuir. Le braconnier prévint immédiatement M. de Trécesson qui fait délivrer la jeune femme. Mais le secours arriva trop tard et, au lever du jour, la jeune femme rendit son dernier souffle au lueur du soleil en gardant son secret… Toutes les recherches furent vaines, on ne découvrit jamais le secret de la mariée. Le voile et la couronne de la jeune femme restèrent jusqu’à la révolution sur l’autel de la chapelle du château : toucher ces reliques était censé procurer un mari aux jeunes filles. Certaines nuits, dit on, l’esprit de la malheureuse revient flotter autours des douves, à jamais appelée Dame Blanche de Trécesson.

Val sans retour

Composé de schiste, le Val sans retour égare les visiteurs dans ses méandres ! On prétend que la faute en est au minerai de fer qui affole les boussoles et les esprits… Mais la légende est tout autre. Ce beau Val appartient à Morgane, la redoutable sœur du Roi Arthur. Elle s’établit là pour s’exercer aux sciences magiques apprises de Merlin et pour abriter ses passions parfois éphémères.

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Mais trompée par l’un de ses amants, blessée dans son amour et sa fierté, elle se vengea en transformant en pierre les coupables : ils devinrent le rocher des Faux-Amants qui domine la vallée. Puis elle enchanta le Val : les amants fidèles le traversaient sans risque, mais tous les infidèles y restaient prisonniers d’une invisible muraille d’air. Une fois au pouvoir de Morgane, ils perdaient la notion du temps : pensant passer là quelques jours, ils restaient des mois ou des années. Aveugles à la réalité, ils croyaient résider en un lieu voué aux plaisirs. Cela aurait pu durer éternellement si Lancelot n’était passé par là. Morgane ne pu l’emprisonner car il vouait à la Reine Guenièvre un amour pur et parfait. Elle tenta de le combattre, mais aucunes des apparitions terrifiantes qu’elle lança contre lui ne vint à bout de son courage. Lancelot du Lac brisa l’enchantement du Val, et Morgane dut délivrer ses prisonniers.

Miroir-aux-Fées

A l’entrée du Val sans Retour, l’étang appelé le Miroir-aux-Fées souligne l’emprise féerique sur cette vallée. Chacun sait qu’au delà du miroir, on arrive dans un monde tout autre. Par le Miroir-aux-Fées, on passe la porte des légendes.

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Siège de Merlin

En haut du Val, une formation rocheuse porte le nom du Siège de Merlin : il avait coutume d’y venir voir le soleil se coucher sur la forêt et d’y réfléchir aux mille manières d’enchanter le monde.

Arbre d’Or

En septembre 1990, le Val sans retour a brûlé pendant cinq jours… Après l’incendie, des dons ont afflué et l’Association de la Sauvegarde du Val sans retour a organisé le nettoyage, la replantation et la protection des zones sinistrées. En mémoire à ces événements, François Davin a créé l’Or de Brocéliande, souvent appelé l’Arbre d’Or. Il s’agit d’un châtaignier doré à la feuille d’or (90 grammes d’or le recouvre) , et il est entouré de cinq arbres noirs qui symbolisent la forêt brûlée ainsi que toutes les forêts détruites par négligence ou profit. On associe l’or, métal inaltérable, à l’immortalité: recouvert d’or, un arbre devient éternel mais ceci ne peut être qu’œuvre d’homme. Il en va de même pour l’éternité de la forêt.

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L’Arbre d’Or est devenu la nouvelle légende de Brocéliande. François Davin a voulu qu’il évoque les bois d’un cerf des anciennes religions, symbole de Merlin : passeur des âmes aux rivages éternels.

Tombeau de Merlin

Brocéliande renferme également des monuments originaux. L’Hôtié (maison) de Viviane, ou Tombeau des Druides est un coffre néolithique orienté est-ouest, entouré d’un double parement en pierre. Le Tombeau de Merlin est tout ce qui reste d’une allée couverte du néolithique. Le Tombeau de Merlin partage avec Barenton le privilège d’être resté ou redevenu un lieu de culte. Ces deux blocs de schiste rouge surmontés d’un très vieux houx que forme le Tombeau de Merlin pourrait passé inaperçu si notre attention n’était pas attirée par une profusion de couronnes de fleurs et autres végétaux, de mots écrits en toute langues, humbles offrandes et vœux déposés là. Ici se manifeste l’espoir et l’attente : vœux et petites offrandes à l’Enchanteur, pour lui dire que l’on croit en lui, que l’on a besoin de son aide, qu’on l’attend… Certains précisent leur souhait par écrit, d’autres pratiques le rituel du cheveu noué sept fois, certains mêmes, dorment là en compagnie d’un chat, grand détecteur de courant telluriques. Parfois, on y vient à la nuit close communier dans l’esprit de la forêt et prier Merlin d’intercéder pour nous.

Viviane

Mais revenons à Viviane : si les fées sont des dames de l’Autre monde, alors assurément Viviane est fée. Son père, le Roi Dionas, était le filleul de la Déesse Diane, et Viviane, dès son enfance est vouée à la forêt de Brocéliande qu’elle parcourt inlassablement. On l’instruit dans la science des plantes et des étoiles. Lorsqu’à l’aube de ses 15 ans, elle rencontre Merlin près de Barenton, elle est fascinée par son savoir et son mystère. Il l’a prend alors comme élève parce qu’il l’aime et qu’elle est de même nature que lui. Leurs relations sont celles de 2 amoureux, peut-être de 2 amants, surtout celles de 2 initiés parlant le même langage.

A Comper, dans la vallée qui s’étend devant le vieux château fort de Dionas, Merlin bâtit pour Viviane un merveilleux palais de cristal ; afin qu’elle n’y soit pas dérangée par les regards des humains, il le masque de l’apparence d’un lac. Illusion si troublante que rares sont ceux à qui Viviane, Dame du Lac, permet de voir son merveilleux palais. Bien des années après la rencontre de la fée et de l’enchanteur, le Roi Ban de Bénoïc et la Reine Hélène, fuyant leur royaume envahi par le Roi Claudas, arrivent en Brocéliande. Le Roi y meurt de chagrin et d’épuisement. La Reine, un jour, eu la douleur de voir son jeune fils entraîné dans les eaux d’un lac par une dame en blanc... Comment pouvait-elle savoir que cette dame est Viviane, et que le lac n’existe pas? Folle de désespoir, elle se retira dans un couvent. La Dame du Lac, touchée par sa pureté, éleva ce garçon comme son fils : elle lui enseigna les sciences, les arts et les armes et lui apprend l’esprit de la chevalerie. Quand Lancelot atteint sa quinzième année, Viviane lui révéla qu’il devait quitté le domaine enchanté pour devenir l’un des chevaliers de la Table Ronde que Merlin et Arthur venaient de créer. Lancelot arriva à la cour d’Arthur tout de blanc vêtu, auréolé de sa beauté et de son courage. Malgré sa jeunesse, il se révéla le meilleur des chevaliers, mais il tomba amoureux de Guenièvre, épouse du Roi Arthur. Si Viviane offrit un chevalier au monde des humains, elle en retira un enchanteur : pour le garder à ses côtés, elle cherche à connaitre le plus dangereux des sortilèges, celui qui permet d’emprisonner sans barreaux, murs ou chaines celui autours duquel on le chante. Merlin avait deviné depuis longtemps le désir de Viviane, lorsqu’un jour de mai, après une longue errance en forêt, il lui livra les neufs phrases de l’enchantement. Il sait alors que le temps de la Table ronde est compté, que s’annonce la quête du Graal, qu’après la dernière bataille Arthur disparaitrait aux yeux des hommes. Alors Merlin choisit de se laisser enfermer par sa bien-aimée en Brocéliande et d’y vivre, dans la communion des arbres, des animaux et des étoiles, pour les siècles à venir…