Pour être tout à fait objectif en ce qui concerne la Wicca, y compris la tradition gardnerienne, il est intéressant de noter que la plupart des erreurs historiques sont colportées par les wiccans eux mêmes, initiés ou non.

A l’époque de la création de la Wicca, on peut penser que Gardner était sincère dans sa synthèse des travaux de Murray , Leland ou Graves. On sait maintenant que les théories de la survivance d’un culte païen organisé ne sont pas validées par l’histoire. Le fameux coven de New Forest où Gardner a été initié, ne pratiquait probablement pas la Wicca au sens donné ensuite par Gardner, puisqu’il a éprouvé le besoin de remplacer le matériel manquant par ses propres créations, celles de Crowley, puis Doreen Valiente. Ce fameux coven devait pratiquer une sorcellerie « rurale ».

Ce qui est plus gênant c’est que ce mythe de l’antiquité de la Wicca, a ensuite été soigneusement entretenu par des auteurs wiccans renommés. Pour quelle raison ? je suppose qu’ils savaient pertinemment que cette pseudo-filiation historique aiderait à vendre leur livres. Ils n’ont fait qu’écrire ce que les gens souhaitaient lire. Je pense notamment aux ouvrages de Raymond Buckland, qui non content d’avoir inventé une pseudo-tradition historique (seax wicca) a aussi une fâcheuse tendance à s’auto citer en permanence, et à colporter le mythe du temps des bûchers. Il n’est pas le seul, mais historiquement un des premiers à s’être étendu sur le sujet. Il a aussi inventé la « pecti-wicca » et s’est affublé d’une filiation gitane afin de légitimer ses livres ultérieurs.

Dans un autre style, Raven Grimassi fait la même chose à propos de la Stregha, tradition « historique » sorcière italienne. L’Europe est loin des USA et il est commode pour certains auteurs de s’attacher une filiation européenne sorcière pour asseoir la crédibilité de leurs ouvrages. Scott Cunningham s’est approprié le panthéon hawaïen dans sa « do it yourself » wicca, et bien d’autres auteurs mélangent allègrement mythes et réalité en faisant sciemment passer le tout pour de l’histoire.

Il est indéniable que des pratiques sorcières soient présentes dans toute l’Europe, il est aussi indéniable que l’on trouve des survivances païennes dans bien des éléments folkloriques. Mais un culte organisé et matriarcal, cela n’a jamais été prouvé historiquement pour l’instant. Les travaux de Marija Ginbutas, pour intéressants qu’ils soient, non jamais pu non plus asseoir définitivement la thèse d’une civilisation matriarcale précédent les invasions indo-européennes. La théorie est séduisante mais en l’état actuel des choses elle reste une théorie.

Toute tradition a besoin d’un passé légendaire et de mythes fondateurs, le problème survient lorsqu’en dépit de l’histoire on veut faire passer la légende pour la vérité historique. Nos ancêtres adoraient la nature parce qu’ils en avaient une trouille bleue, et qu’il fallait se concilier ses faveurs, pas pour des préoccupations écologiques qu’ils auraient été bien en peine d’éprouver. N’allons pas jusqu'à plaquer nos croyances sur ce que pouvaient penser ou éprouver nos ancêtres.

La crédibilité de la voie wiccane n’est donc pas uniquement mise à mal par les mièvreries des « fluffy bunnies » mais aussi par certains « ténors médiatiques » pour leur propre intérêts et leur chiffre d’affaire chez l’éditeur. Il convient à chacun d’empoigner le balai de la sorcière pour balayer devant sa propre porte… Cela étant dit cela n’entache en rien la validité initiatique de la Wicca, qui ne prétend pas répondre à toutes les énigmes de l’univers, mais plutôt dans la connaissance de soi mieux appréhender sa place dans celui ci.