Voici quelques témoignages sur les Dames Blanches, ces apparitions
spectrales nocturnes connues des automobilistes. Qui sont ces femmes
aperçues au bord de la route, parfois prises en auto-stop, pour
disparaître en l’espace d’un battement de cils ? Victor Hugo, adepte des
tables tournantes, les mentionne dans « Les Travailleurs de la Mer ».
Les habitants de l’Aude et de l’Hérault en connaissent des dizaines.
Lisez donc ce qui suit pour vous plonger à votre tour dans ce mystère.
Histoire 1 (la dame blanche de l’Hérault)
Le 20 mai 1981, quatre jeunes montpelliérains (2 garçons, 2 filles)
âgés de 17 à 25 ans décident de faire une virée à la mer. Vers 0 h 30,
après s’être promenés sur les quais de Palavas et avoir bu un coup, ils
décident de rentrer. Sur le bord de la route, juste avant le pont des
Quatre-Canaux, ils aperçoivent une auto-stoppeuse d’une cinquantaine
d’années, portant un imperméable et un foulard blanc. Ils lui proposent
de l’amener jusqu’à Montpellier. Elle ne répond pas, mais approuve de la
tête, monte à l’arrière et s’assied entre les deux passagères. La
voiture repart. Le conducteur aperçoit furtivement les yeux de la femme
dans le rétroviseur, et se rend compte que la femme n’a pas prononcé un
seul mot pendant le trajet, se contentant seulement d’opiner de la tête.
Un kilomètre après, elle s’exclame : « Attention au virage, attention
au virage ! ». Le conducteur, surpris, lève le pied, et passe le virage
sans encombre. Mais soudain, les passagères se mettent à hurler : la
mystérieuse femme a disparu ! La voiture roule toujours (90 km/h), les
portes fermées… Terrifiés, les quatre amis décident d’aller tout
raconter à la police. Qui, après avoir cru à une plaisanterie, se rend
sur place, sans rien trouver ! Après plusieurs convocations, la police,
comme toutes les personnes qui les interrogent, conclut à la sincérité
des jeunes : leurs témoignages ne se contredisent jamais et ne
s’intéressent pas au spiritisme ni à aucun sujet de ce genre. Enfin, ils
évitent tant que possible de parler de cette affaire. Et lorsque l’on
consulte l’historique du lieu, on apprend que quelques années
auparavant, une femme d’une cinquantaine d’années mourut dans ce virage
d’un accident de voiture.
Histoire 2
C’est le cas de la « dame blanche » du C.H.U. de Caen (Calvados).
Stoppeuse nocturne, elle apparaît toujours aux abords du même abribus,
sur la route de Luc-sur-Mer, juste après le centre hospitalier. Le
dernier témoin à l’avoir prise en charge l’a décrite comme une jolie
jeune femme d’une trentaine d’années, sobrement habillée de blanc et
prétendant rentrer chez elle, à Luc. Pendant le trajet de 14 km le long
de cette route, la D7, elle conserve toujours le silence. C’est à la
traversée du village de Mathieu que la jeune femme se montre fébrile.
Puis, à l’entrée de Luc-sur-Mer, la jeune fille s’affole carrément :
« Faites attention, le virage est traître ! » Tous les témoins déclarent
avoir tenté de la calmer. Là encore, au moment où le chauffeur, après
avoir négocié son virage, se tourne vers la passagère, il découvre
immanquablement un siège vide. Cette affaire, qui se renouvelle
régulièrement selon le même scénario, est localement très connue. Et il
se trouve qu’une jeune femme fut, en 1970, victime d’un accident de
voiture mortel dans ce virage alors qu’elle revenait de Caen.
Histoire 3
Ce samedi soir de décembre 1979, il est près de minuit et Michel P.,
de tous les amis qui sortent ensemble ce soir-là, est l’un de ceux ayant
un véhicule. Il est chargé de « faire le taxi » entre le centre de
Limoges, où il habite, et une boîte de nuit située à quelques
kilomètres, sur la route de Naixon. En Haute-Vienne, les hivers sont
rudes. C’est dans le frimas et la nuit la plus profonde qu’il effectue
son second voyage vers Limoges, quand tout à coup, il aperçoit dans ses
phares, à quelques centaines de mètres de la discothèque, une forme
blanche plantée dans un virage. C’est une femme vêtue de blanc. Il
s’arrête à sa hauteur, et lui demande où elle va. « À Limoges; si ça ne
vous ennuie pas, je vais chez des amis » ; « Où à Limoges ? » demande
Michel, « Laissez-moi en ville, je me débrouillerai… », précise la
jeune fille. L’auto-stoppeuse s’installe à l’avant. Tout en roulant,
Michel la détaille du coin de l’œil et en silence : 20-25 ans, vêtue
d’une robe blanche type année 60, très jolie… mais peu bavarde. À
l’approche du pont de la Révolution, la passagère s’anime soudain :
« Attention, ce tournant est dangereux ! » Michel sourit, car ce virage
qu’il négocie avec prudence, il le connaît bien. Tout à coup, un cri
plaintif le tire de sa concentration : la passagère a disparu. Michel
stoppe net sa voiture et, glacé par la peur et la surprise, fait
quelques pas autour du véhicule : rien ni personne, sinon du brouillard.
La belle inconnue s’est envolée.
À la gendarmerie de Limoges, où il ira faire une déposition, on lui
explique qu’il n’est pas le premier à avoir vécu exactement la même
aventure… Cette jeune femme fait régulièrement le même trajet en
auto-stop, pour disparaître au virage du pont de la Révolution,
l’endroit où elle trouva la mort en voiture, 20 ans plus tôt. Comme tous
ceux qui vécurent l’aventure, Michel peine à s’en remettre. Plusieurs
années après, il n’aime toujours pas en parler. Pourtant, il n’a passé
que quelques minutes en compagnie de cet être venu d’ailleurs.
Histoire 4
L’auto-stoppeuse fantôme du carrefour de Balleroy (Calvados) apparaît
depuis 1960, année où une jeune fille se tua dans une collision à
hauteur de ce très dangereux croisement dit « de l’Embranchement »,
situé à quelques centaines de mètres du village, au milieu de la forêt
de Cerisy. Ce jour-là, on la ramenait en voiture du village. Elle
habitait un petit hameau niché dans les bois. Sa vie fut coupée net, au
carrefour, par un chauffard qui n’avait pas respecté la signalisation.
Depuis, on a eu beau refaire plusieurs fois le carrefour, son âme y
semble comme chevillée dans un éternel et triste appel au secours. À
Balleroy, plusieurs personnes du village l’ont déjà prise en charge.
Elle se manifeste toujours par les nuits pluvieuses, à la sortie du
village, levant le pouce en direction du carrefour. Elle est
immuablement vêtue de blanc et demande à être déposée à un hameau voisin
du carrefour, « là où habite sa mère ». Elle parait avoir un peu moins
de 20 ans. Invariablement, elle montre des signes d’angoisse et de
panique évidents pendant la traversée du carrefour. Mais,
l’embranchement passé, elle n’est déjà plus dans la voiture. Sa dernière
manifestation a été plus spectaculaire encore que les précédentes. Les
deux habitants de Balleroy qui l’ont, cette nuit-là, éclairée de leurs
phares l’ont vue non pas sur le bas côté, mais debout au beau milieu de
la route. Il leur fallut piler net devant ce qui se révéla être encore
la même jeune fille, dont la forme s’évanouit dès les portières
ouvertes. À force de n’être pas entendue ou comprise, depuis près de 40
ans, cette dame blanche, dont l’appel confus semble venir d’un monde
inconnu, paraît devenir plus véhémente qu’auparavant…
Histoire 5
Parfois, des contacts physiques ont laissé une impression bien plus
désagréable à ceux qui ont eu l’imprudence de tenter de toucher ces
apparitions. Ainsi, une auto-stoppeuse fantôme se montre volontiers, de
nuit, à la sortie de Château-Bernard (Isère). Voilà plus de trente ans
que cette jeune femme se manifeste ainsi, ayant pour caractéristique
constante de disparaître lentement sous la forme d’un léger brouillard,
et non en une fraction de seconde, comme les autres. En 1960, elle fut
prise en stop et disparut à un point précis de la route, toujours après
avoir prévenu le conducteur d’un danger. Ce qui poussa celui-ci à se
rendre à la gendarmerie, c’est qu’il avait été un peu entreprenant avec
la jeune femme, lui passant une main sur les jambes et, enhardi par
l’absence de réaction, sur la poitrine. Il avait alors remarqué que sa
passagère dégageait un froid semblable à celui du marbre. Confus, il
avait attribué à ses avances la disparition soudaine de la voyageuse et
venait demander si on l’avait trouvée sur la chaussée. C’est là un cas
unique de contact physique avec l’un de ces êtres fantomatiques, mais
dont les atomes et les molécules semblent être aussi bien liés entre eux
que ceux d’un vivant.
Histoire 6
Parfois, l’être évanescent laisse derrière lui un objet, ou emporte
quelque chose pris dans la voiture. Ce fut le cas à Chapareillan
(Isère). Là, sur la N90, apparaît assez souvent une jeune « dame
blanche ». Ce soir de 1977, par une pluie violente, c’est un médecin
grenoblois qui la prit en charge. Taciturne et très peu loquace jusqu’à
un passage délicat de la route, dit Pont-au-Furet, la passagère marqua
alors une grande frayeur qui s'estompa avec l’éloignement de
l’obstacle. Elle se fit déposer un peu plus loin, devant une maison
qu’elle dit être celle de ses parents. Comme il pleuvait toujours des
cordes, le médecin lui prêta son parapluie et attendit qu’elle le lui
ramène. Il suivit la fille des yeux, la vit franchir la porte d’entrée
et la refermer derrière elle. Une bonne dizaine de minutes passant, le
médecin se décida à aller frapper à la porte de la maison, pensant qu’on
l’avait oublié. Un couple de quinquagénaires lui ouvrit, étonné d'être dérangé à une heure si tardive. On imagine aisément la
discussion qui s’ensuivit : la jeune fille décrite avait bien habité là,
mais il y a des années qu’elle était enterrée ! C’était leur fille
unique, morte dans un accident de moto… au Pont-du-Furet.
Histoire 7 (témoignage)
Bonjour, je m’appelle Yannick, j’habite à Mirecourt dans les Vosges.
Je partais en tournée de camion avec mon copain, on commençait à délirer
sur la dame blanche, c’était à 3 km avant Coussey (88). Arrivant dans
le village, nous sommes passés sur une route remplie d’arbres. Je
regardais les alentours et soudain au loin, j’aperçus un voile blanc. Je
me suis dit, c’est mon imagination. Or le voile venait vers moi. Dix
secondes après, je la voyais à côté de moi. Elle me regardait avec un
air de tristesse. Elle commençait à me tendre la main pour que je la
suive. Je ne pouvais pas la suivre, car on roulait. Cinq minutes après,
la dame blanche repartait. Une fois reparti, le camion s’est mis à
ralentir d’un coup. Une fois de retour, on a été voir un copain et je
lui ai expliqué le cas. Lui aussi l’a vue sur la même route. Et il
m’expliquait comment elle est morte. Après plusieurs minutes de
conversation, j’ai compris pourquoi elle me tendait la main. Le jour de
son accident, elle mourut avec son mari et ses enfants. Elle me
demandait alors que je retrouve sa petite famille. Depuis, je suis passé
plusieurs fois sur la même route et je ne l’ai plus revue.
En conclusion :
Ces manifestations sont durables et se répètent toujours aux mêmes
endroits. Il s’agit de femmes ou de jeunes filles en général vêtues de
blanc (parfois habillées de cuir noir ou brun, casque au bras : victimes
de la moto). La plupart des auto-stoppeuses sont mortes à la sortie de
boîtes de nuit. Dans tous les cas, les revenantes ont été foudroyées par
la mort, sans comprendre, et de là vient peut-être la persistance de
leur présence sur les lieux, comme si elles flottaient, indécises, entre
l’existence et le néant. Jouent-elles un rôle préventif, tels des anges
gardiens protégeant les vivants d’accidents de la route ? À quel monde
appartiennent-elles ? Toutes ces questions restent pour l’heure sans
réponse.