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samedi 4 juillet 2020

Pégase



Quand je dis Pégase, la première image qui vous vient en tête est probablement celle d’un majestueux cheval volant dans les cieux. Pégase est l’un de ces animaux fabuleux qui continue sans cesse de charmer les jeunes et les moins jeunes à travers les âges.

Bien que la popularité de Pégase soit majoritairement due aux fameuses légendes grecques et romaines, cet animal a des racines beaucoup plus anciennes. Le cheval ailé figure dans l’art de la Mésopotamie à partir du XIIIᵉ siècle et même sur les pièces carthaginoises depuis 265 av. J.-C.

Pégase fait partie de la famille des Pterippus (ou parfois épelée Pterigotippus) qui est le nom générique comprenant tous les chevaux ailés. Selon l’Occultopedia, le mot pégase dériverait du phénicien « pag sus » (pégase se dit pegasus en anglais) qui veut dire « cheval bridé ».

Pégase, selon la légende grecque, est le fils de Méduse et de Poséidon. Il serait né, complètement formé, du sang de sa mère qui giclait de son cou après qu’elle ait été décapitée par Persée. Persée a ensuite chevauché ce fabuleux animal qui l’a grandement aidé dans plusieurs tâches, dont tuer le dragon des mers, Cetus, et sauver la princesse Andromède.

Après ces aventures, la déesse Athéna décida de l'amener au Mont Hélicon où elle le confia aux soins des Muses. Le jeune Pégase, encore grisé par ses aventures, frappa le sol de ses sabots et une source en jaillit, Hippocrène. Cette source aurait eu des propriétés magiques, celle de donner le don de la poésie à quiconque en boirait. Urania, une des Muses, pressentant le fabuleux destin de Pégase, décida avec l'accord d'Athéna de l'éloigner d'Hélicon.

 Un jour, le jeune héros Bellérophon le vit. Depuis ce moment, il devint obsédé par la possession de ce merveilleux cheval réputé insaisissable. Pour le capturer, il demanda conseil à un devin qui lui donna un seul conseil : aller dormir au temple d'Athéna. (Pour ceux qui ne sont pas trop familiers avec la vie grecque, il était courant de dormir dans les temples. On croyait que ceux qui y dormaient recevraient des messages directement des dieux). Celle-ci lui apparut en songe, lui donnant un cadeau pour l'aider dans sa quête. Quand il se réveilla, il retrouva près de lui une bride en or (selon les versions c'est parfois un mors). Il chercha immédiatement Pégase et le trouva en train de s'abreuver à la source de Pirène, à Corinthe. Bellérophon s'approcha silencieusement et lui mit la bride au cou, capturant ainsi l'animal.

Suite à une histoire de meurtre, Bellérophon dut se réfugier chez Protée, où il fut bien accueilli. Antéia, la maîtresse de maison, tomba amoureuse du jeune homme. Mais celui-ci n'était pas intéressé. Par peur d'être dénoncée ou par dépit, elle l'accusa alors d'avoir voulu la violer et réclama sa mort. Protée aimant bien le jeune homme, ne put se résoudre à le tuer et l'envoya plutôt porter un message au roi de Lycie, le père d'Antéia, Io Bates (parfois écrit Jobatès).

Le roi accueillit chaleureusement Bellérophon et ne lut le message que plus tard. Le message en question demandait la tête du jeune homme. Tout comme Protée, il ne pouvait se résoudre à le tuer alors il décida de l'envoyer combattre la Chimère, une créature qui ravageait la Lycie depuis un certain temps. Il espérait que Bellerophon meure dans cette tâche et n'ait ainsi pas besoin d'accomplir lui-même cette tâche.  Avec l'aide du fidèle cheval, il n'eut aucun problème à venir à bout de la créature. Le roi l'envoya alors combattre les Solymes puis les Amazones. Il remporta la victoire à chaque fois. Pégase étant un jeune cheval, il adorait se lancer dans ces aventures et ne se faisait jamais prier. Voyant la force, le courage et les exploits de Bellérophon, le roi décida de lui donner sa fille plutôt que de le tuer.

 Cependant, Bellérophon, enivré de ses nombreuses victoires et se croyant l'égal des dieux, décida, avec l'aide de Pégase, d'aller sur l'Olympe. Pour le punir de tant d'arrogance, Zeus envoya un taon (parfois une guêpe ou un éclair) piquer Pégase. Celui-ci devint fou et désarçonna son cavalier. Bellérophon tomba et se tua (ou selon d'autres versions, il devint un misérable, honteux et sans le sou). Pégase continua cependant sa course et Zeus l'accueillit dans son écurie personnelle. Il devint officiellement celui qui amenait la foudre et les éclairs au dieu. Il était à l'occasion la monture d'Eos (Aurora) pour lui faire traverser le ciel au petit matin, parfois il était aussi la monture d'Apollon qui le chevauchait lorsqu'il ne voulait pas utiliser son char. Quand vint le temps de sa mort, Zeus, pour le remercier et qu'ainsi les hommes ne l'oublient jamais, il le transforma en constellation.

 D'autres légendes coururent que Pégase aurait eu une femme et 2 enfants, après sa mort.

 D'autres chevaux ailés ont aussi existé mais sont oubliés, à jamais cachés dans l'ombre de Pégase. La liste suivante renvoie à des animaux étant vus comme étant des chevaux ailés et non des créatures dont une partie du corps provient du cheval.

 Pégase à travers le monde

Alborak/Boraq/Burak
Un coursier couleur de lait de l'Inde qui transporta le prophète Mahomet au 7ᵉ ciel. Il avait le visage et la voix d'un homme, les oreilles d'un âne, le corps d'un cheval et les ailes ainsi que la queue d'un paon. Ses yeux étaient aussi bleus que des saphirs et brillaient autant que les étoiles. C'est la première bête qu'Allah ressuscite à la fin des Âges et il se ferait donner une sacoche faite de rubis. Il transportera alors de nouveau le prophète au paradis.

 Alsvidur et Arvakur
Deux chevaux ailés de la mythologie Scandinave qui tiraient le soleil et la lune sous le guidage de Dag, la personnification du soleil. Sa crinière, ses ailes et ses sabots brûlaient avec l'intensité du soleil.

 Mamoun
Cheval ailé de la mythologie arabe qui était fait d'ambre et de musc pur avec des ailes faites de pierres précieuses. Dieu le créa pour Adam pour que celui-ci, guidé par l'archange Gabriel, puisse voler aux cieux pour entendre la parole de Dieu.

 Pyrippus
Chevaux machiavéliques de la mythologie grecque qui résident dans les Enfers et sont souvent dépeints comme ayant des ailes de chauve-souris, des écailles noires comme peau, des sabots fendus, une queue barbelée, un bec pour museau, une langue fourchue et une crinière, sabots et queue ardents. Le char d'Hadès était conduit par trois de ces étalons.

Un dieu de la mythologie zoroastrienne a aussi eu une monture ailée nécessaire à l'accomplissement de ses tâches. Mir-Susne-Hum est le plus jeune fils de Num-Torum, le dieu suprême du panthéon Ob-Ugrians. Toutes les nuits, Mir-Susne-Hum fait le tour de la terre sur son cheval volant qui voit tout. Celui-ci a une crinière d'or et des sabots d'argent. Grâce à la rapidité de sa monture, il peut surveiller que tout soit en ordre dans le monde.

 Symbolique

La symbolique du cheval ailé est multiple. Ne parler que du cheval, tout comme ne parler que des ailes, ne rendrait pas justice à la complexité du symbolisme inhérent à cette fabuleuse créature.

 Le cheval est perçu par plusieurs comme le symbole par excellence de la force, de la virilité et de la fougue. Il représente aussi la dévotion et la loyauté, l'esprit du guerrier, la bravoure, le courage, la liberté.

 Il combine la vitalité et la force du cheval avec la légèreté et la liberté de s'élever au-dessus des soucis terrestres de l'oiseau. Il était donc normal que Pégase devienne l'indomptable esprit poétique s'élevant au-dessus des obstacles de ce monde ; il est l'inspiration créatrice et la poésie elle-même. Il est le mixte d'un animal terrestre et céleste. L'union parfaite des forces naturelles, la terre se liant au ciel. Le digne représentant de l'immortalité car même mort, il hante les cieux le soir. Pégase ne connaît aucune limite.

 Passant de la terre aux cieux plusieurs fois, il peut aussi être appelé dans le cas d'un voyage entre les mondes. La lumière et la vie de par son association avec Apollon, le soleil. Pégase, un des animaux des légendes grecques, a même été reconnu par le christianisme. Il symbolisait le transport de l'âme du chrétien défunt vers le Paradis, ainsi que l'inspiration et la lumière divine.

 La nature de Pégase est multiple : terrestre par sa forme, aérienne par ses ailes, aquatique par son père qui lui transmet une relation particulière aux eaux (né aux sources de l'Océan, Pégase fait surgir l'eau d'un coup de sabot) et monstrueuse par sa mère et sa naissance. Par sa capacité à faire jaillir les sources, comme par le fait qu'il transporte la foudre et le tonnerre de Zeus, Pégase partage les représentations associées aux chevaux blancs, chevaux de majesté. Il n'est pas un monstre comme sa mère mais aide à les combattre. Il devient ainsi l'outil du « bien » (les héros) face au « mal » (les monstres). On pourrait y voir aussi que le bien peut naître du mal, l'espoir que le mal n'engendre pas que le mal.

 Pégase peut aussi représenter un idéal à atteindre.

Lorsqu'il monte vers l'Olympe, il monte toujours plus haut, ne s'arrêtant jamais. C'est le but fixé à atteindre, celui qui semble impossible mais finit par le devenir. Il est ainsi la représentation de l'espoir. De plus, on peut y voir aussi le symbole de l'élévation spirituelle, passant du domaine terrestre à celui des Dieux qui lui font une place de choix parmi les leurs.
Article issu du défunt et regretté site "Le Grimoire de la Lune", retrouvé sur web.archive.org.
 

vendredi 7 octobre 2005

Le Dragon dans l'imaginaire médiéval



Dans les contes et les légendes, il est toujours une fois un chevalier errant qui pénètre dans un pays dévasté en proie à la désolation. La campagne jadis verdoyante et productive est nue et stérile. Il n’y a plus de fleurs, mais des arbres morts. En cherchant à comprendre cette source de malheur, le chevalier découvre qu’un dragon cruel a ravagé le royaume et exige le paiement d’un tribut annuel.

Bien entendu, le prix de cette redevance était toujours le corps d’une jeune vierge. Ce qui nous amène à poser la question : les dragons ont-ils vraiment existé ?

Revoyons un peu l’histoire. Pour les Celtes, comme pour les Romains, les dragons étaient symboles de guerriers. L’emblème de l’empire d’Orient était un dragon pourpre et l’écrivain romain Mercellinus a raconté comment Constantin était entré dans Rome à la tête de cohortes portant des enseignes frappées de dragons. De tout temps, des troupes de soldats, des pays, des empereurs et des rois ont adopté pour emblème le dragon. Il est alors bon de préciser que dans la littérature celtique le mot dragon est un chef suprême.

Cette connotation sémantique n’est sans doute pas dénuée de tout lien avec les nombreuses légendes de dragons, quoique ceux-ci dans bien des cas, ne pourraient être que de vulgaires chefs de bandes de pillards. Pour l'Occident, les dragons sont la représentation du mal, tandis que la pensée extrême-orientale, au contraire, y voit des créatures bienveillantes, même s’il leur arrive de symboliser aussi la pluie, la brume et le vent.

Mais c’est avec saint Georges (voir illustration) que le dragon est entré dans la vraie légende de l’épopée de la chevalerie courtoise. Le goût de ces dragons pour les jeunes et belles vierges, de préférence nobles ou princesses, était bien connu.

La tradition orthodoxe rattache la légende de saint Georges à celle de Persée, le héros grec qui aurait délivré la princesse éthiopienne Andromède des griffes du monstre marin qui la menaçait. Pour les chrétiens, c’est la Foi qui est symbolisée par le preux chevalier. Celui-ci sauve l’Église, personnifiée par la princesse, des démons du paganisme représentés par le hideux dragon. Pour les disciples de Freud, cette légende est connotée d’une manière beaucoup plus érotique…

Dans le seul folklore britannique, on compte plus de 50 dragons différents, tandis que dans le monde entier, on en recense des milliers. Dans le livre Une histoire naturelle, publié en 1776, on cite le dragon comme un animal des plus redoutables et probablement d’origine surnaturelle. De tous les temps, des esprits soucieux de rationalisme ont tenté de trouver des explications satisfaisantes pour justifier l’existence de ces dragons. Pour certains, le terme dragon n’est qu’une métaphore désignant une crue spectaculaire de la rivière. Pour d’autres, il serait une allusion aux incursions des pirates Vikings, dont les drakkars étaient souvent décorés de proues en forme de dragons.

Cependant, même en supposant que des créatures aussi hideuses aient existé, comment expliquer que des animaux aussi énormes aient pu voler ? D’après les récits, on peut estimer le poids moyen des dragons à environ 9 tonnes, et selon les calculs des spécialistes en aéronautique, il aurait fallu à ces dragons une envergure d’ailes estimée à 180 mètres, ce qui est impensable. Mais il existe une autre possibilité pour légitimer leur habileté à voler : comme les Zeppelins, il est possible que les dragons, s’ils ont vraiment existé, aient été gonflés à l’air chaud ou à tout autre gaz plus léger que l’air. Il leur fallait donc un corps énorme pour emmagasiner tout le gaz nécessaire à leur ascension et n’avaient plus vraiment besoin d’ailes, sinon pour se diriger dans l’espace.

Certains auteurs ont ainsi imaginé que l’intérieur du corps des dragons devait être une sorte de gigantesque laboratoire chimique ; l’acide chlorhydrique présent dans le tube digestif de tous les vertébrés se serait attaqué au calcium des os pour produire de l’oxygène, gaz plus léger que l’air et facilement inflammable. Pour régénérer les os, il suffisait donc aux dragons d’avaler des pierres de calcaire. Bon.

Pour expliquer qu’ils crachaient du feu, on a avancé l’hypothèse, sans doute un peu farfelue, que pour le libérer des excès d’hydrogène survenant après une période de repos, ils devaient le brûler par un jet de flamme.

Il est bon de préciser que personne n’a jamais découvert de dragons fossiles. Pour expliquer cette espèce de chaînon manquant, si l’on peut prendre cette expression, on a expliqué qu’à la mort du dragon, le processus de digestion des os entrait spontanément en action, détruisant ainsi la totalité du squelette du monstre. On trouve d’ailleurs cette hypothèse d’anéantissement contrôlé et subit dans un rapport d’enquête effectué en 1968, en Irlande. Trente ans auparavant, un monstre avait été découvert dans une grotte près de Lough Derrylea, dans le comté de Clare. Un villageois devait venir témoigner : la chose était prisonnière, là, et ne pouvait s’échapper. Avant qu’on ait pu parvenir jusqu’à elle, elle avait tout simplement disparu, comme si elle s’était évanouie en fumée…

Que sont donc ces dragons ? À défaut de créatures mythiques, ne peut-on pas les confondre avec des… éléphants… ou des alligators ? Ne seraient-ils pas par ailleurs, des survivants de ces grands monstres de la préhistoire ? Cet incroyable débat a passionné depuis longtemps tous les naturalistes cherchant à apporter une explication plausible, car, croit-on, autant de récits et de témoignages doivent comporter un fond de vérité.

Mais c’est surtout en Orient que les légendes des dragons sont fertiles. En Corée, par exemple, chaque rivière acceuillait jusqu’à il n’y a pas si longtemps, son propre dragon, tandis que le nord et le centre de la Chine, les dragons étaient les dieux de la pluie ; ils formaient des nuages avec leur souffle et arrosaient les champs de riz.

Depuis des temps très anciens, on s’imaginait que les crues, les tempêtes, les orages, étaient provoqués par des dragons qui se battaient dans les fleuves ou dans les cieux. Quant aux galets au fond du lit des ruisseaux en montagne, on pensait qu’ils s’agissait œufs de dragons ; l’orage les fendait et le bébé dragon s’échappait dans le ciel. Mais ce n’est pas tout. Les dragons luisaient dans l’obscurité, devenaient invisibles à volonté et pouvaient se recroqueviller jusqu’à la taille d’une chenille. Ils se reposaient au fond des mers. Les os de dragons faisaient partie de la pharmacopée traditionnelle, mais il est presque certain qu’il s’agissait de fossiles d’animaux préhistoriques.

En Occident, les dragons mangeurs d’hommes gardaient souvent des trésors au fond des mers ou dans les profondeurs du sol. Ils s’envolaient le soir, crachant des flammes ou du poison, et c’était alors le présage d’une guerre ou d’un désastre. L’histoire du dragon terrassé connaît beaucoup de variantes. Pour la plupart des héros anciens, soit Siegfried, Sigurd, saint Georges, saint Michel, Arthur, Tristan ou le doux Lancelot, c’était le couronnement d’une carrière que de tuer le cruel dragon. Sur ce thème, on le sait, les légendes ont foisonné.

Il y a des légendes loufoques relativement aux tueurs de dragons. Par exemple, dans le Sussex (Angleterre), un cultivateur présenta au dragon un pudding empoisonné, si gros qu’il fut obligé de le transporter dans une charrette. Le salaud de dragon engloutit tout, non seulement le pudding, mais la charrette et les chevaux aussi !

Pour d’autres, en dépit de leur aspect inquiétant, les dragons étaient sympathiques. La littérature parle abondamment d’hommes et de femmes sauvés par des dragons. Ainsi, Thomas d’Arcadie, selon l’auteur romain Pline, a été sauvé d’une attaque de brigands par son dragon.

On retrouve donc des histoires de dragons dans tant de pays différents qu’on ne peut se demander s’ils n’auraient pas une origine commune, car les représentations qu’on en faisait évoquent étonnamment les dinosaures tels que la science moderne est parvenue à les reconstituer.

vendredi 4 mars 2005

Le Mokele Mbembe



(Texte écrit par lysween pour Esoterika)

Cette étrange créature mesure 8 à 10 mètres et possède un long cou de girafe. Elle vit au Congo où très peu d’hommes se sont aventurés à part les Pygmées. On pourrait la comparer à un dinosaure. Alors le mokele mbêmbe est-il un survivant du monde de la préhistoire ou une figure de l’imaginaire moderne ?

Dans cette région mal connue vivent de nombreux animaux comme les éléphants, les buffles, les chimpanzés, et beaucoup d’autres espèces de singes. La tradition locale raconte que, au fond du marécage, vivrait le mokele mbêmbe (« celui qui arrête le cours des rivières »), un énorme animal dont l’existence hypothétique a d’autant plus stimulé l’imagination des voyageurs occidentaux que sa description par les indigènes évoque celle d’un dinosaure. Avait-on affaire à un  « fossile vivant  » ?

Comme l’écrit Armand de Ricqlès « il existe souvent un laps de temps de plusieurs millions d’années entre le dernier représentant d’un groupe connu à l’état fossile et son représentant actuel, si bien que ce groupe, tenu pour disparu, semble surgir brusquement du passé. » La première fois que l’on a parlé du mokele mbêmbe ce fut en 1776, lorsque des missionnaires français, découvrirent de mystérieuses empreintes. Mais d’autres explorateurs vinrent apporter des éléments supplémentaires ; ainsi, à la fin du XIXᵉ siècle, Alfred A. Smith, recueillit au Gabon des récits du même type. Carl Hagenbeck, un collectionneur allemand, en avait également entendu deux en Rhodésie. En 1913, le capitaine Freiher von Stein, un officier de l’armée allemande, s’aventura dans la région du Likouala, qui faisait alors partie de la colonie allemande du Cameroun et qu’il avait reçu ordre d’explorer. Là aussi, les indigènes lui racontèrent qu’ils avaient vu un énorme animal amphibie qu’ils appelaient le mokele mbêmbe ; ses campagnes d’exploration furent interrompues par la Première Guerre mondiale et ce n’est qu’en 1948 que fut traduit et publié son rapport d’expédition. En réalité, c’est seulement après la guerre que l’existence hypothétique du mokele mbêmbe fut connue du public.





Mesurant entre 5 et 7 mètres de long, le mokele mbêmbe a fait l’objet de nombreuses spéculations concernant son corps d’éléphant, la finesse et la longueur de son cou et sa petite tête de reptile – une description qui correspond tout à fait à celle d’un petit dinosaure sauropode. Le problème, c’est que tous les dinosaures – à l’exception peut-être des groupes qui ont évolué vers les oiseaux modernes – sont supposés avoir disparu il y a environ soixante-cinq millions d’années, à la fin du crétacé. Pourtant, la thèse d’un dinosaure survivant est très populaire ; ce qui n’est pas surprenant quand on sait l’immense fascination qu’exercent ces animaux préhistoriques sur le public. Aujourd’hui, on peut voir des dinosaures un peu partout, dans les livres, au cinéma ou à la télévision. Et la découverte de n’importe quelle nouvelle espèce de dinosaure déclencherait une émeute.

En 1970, l’explorateur James Powell procéda à une étude des récits concernant le mokele au Gabon. Chose surprenante, lorsqu’il montra aux indigènes des illustrations d’animaux divers, c’est celle d’un dinosaure tel le brontosaure qu’ils considérèrent comme étant le plus proche du mokele mbêmbe. James Powell s’associa alors au biochimiste Roy Mackal, de l’Université de Chicago, pour aller explorer les marécages de Likouala. Ils découvrirent que les indigènes y évoquaient eux aussi un animal similaire, qu’ils appelaient aussi le mokele mbêmbe. Cette découverte mena, au début des années 80, à une expédition plus importante, conduite par Mackal.

Cette expédition a d’abord atteint la rivière Lakouala-aux-Herbes, a continué vers le sud, puis est remontée par la rivière Bai vers le nord, là où l’homme blanc n’avait jamais mis les pieds. Ils s’enfoncèrent dans la forêt tropicale et, à l’aide d’un sonar, sondèrent les trous de la Bai où le mokele mbêmbe était censé se trouver. À cet endroit, ils firent deux observations : la végétation alentour était passablement endommagée et d’étranges empreintes de pas apparaissaient au sol ; ensuite, ils aperçurent un large sillage provoqué par la plongée d’un gros animal. Pouvait-il s’agir d’un mokele mbêmbe qui aurait été alerté par le bruit ? Les assistants de la région ne voulurent pas les suivre plus au-devant de leur parcours, mais de toute manière, ils ne purent continuer à cause de la détérioration du climat.

Le seul témoignage oculaire que l’on puisse prendre au sérieux est celui du zoologiste congolais Marcellin Agnagna. En 1983, il affirme avoir observé, dans le lac Tele, un gros animal avec un long cou, qu’il a approché à moins de 250 mètres avant de le voir plonger. La créature ne ressemblait à aucun animal connu en Afrique.

En définitive, deux questions demeurent : le mokele mbêmbe existe-t-il vraiment ? Et si oui, à quelle espèce animale peut-il appartenir ? Ceux qui contestent l’existence de grands animaux inconnus invoquent souvent leur permanence dans les récits mythologiques : c’est le cas par exemple du monstre du loch Ness. Même si ces affirmations ne sont pas insensées, elles ne reposent sur aucune démonstration scientifique. De plus, il est fréquent que des animaux, aujourd’hui bien connus, aient par le passé appartenu au folklore, comme le gorille. Le fait donc que toute une mythologie entoure sans aucun doute le mokele mbêmbe ne constitue pas un véritable argument pour ou contre son existence en tant qu’espèce biologique. Mais si le mokele mbêmbe existe, quelle sorte d’animal est-il ? L’hypothèse la plus attrayante invoque l’existence d’une population réduite de dinosaures sauropodes qui aurait survécu. Mais comment de tels animaux auraient-ils pu échapper à l’exploration zoologique, même dans l’immensité des marécages du Likouala ? Si tel était le cas, les restes fossilisés de leurs ancêtres auraient eux-mêmes échappé à l’exploration paléontologique. Certes, on pourrait expliquer cette absence de fossiles par le manque de chance ou par le fait que les sites de fouilles à la recherche des dinosaures se trouvent en Afrique du Nord, de l’est et du sud, mais pas en Afrique centrale. En effet, les paléontologues préfèrent effectuer leurs fouilles là où ils peuvent bénéficier de l’appui logistique des institutions locales ; or l’Afrique centrale, très pauvre et politiquement instable, ne peut leur fournir cela ; il y a, en conséquence, un vide sur la carte des sites. Concernant cette région, on ne peut donc qu’extrapoler à partir de ce que l’on sait du reste de l’Afrique, mais sans savoir si des dinosaures ont vécu dans cette partie du continent ni s’ils en ont disparu. Il est indéniable que la forêt congolaise est restée presque intacte depuis le crétacé ; elle n’a jamais connu de très grands bouleversements géologiques. Rien n’interdit donc de penser que des dinosaures sauropodes, qui auraient survécu à la grande extinction du crétacé, aient  « suivi  » la forêt, y soient restés cachés et n’aient que fort peu évolué. Si cette éventualité ne contredit aucune des lois de l’évolution, elle reste tout de même très spéculative.

Certains scientifiques ont émis l’hypothèse que le mokele mbêmbe, sans être un dinosaure, pourrait être une espèce inconnue de gros lézards, tels les varans. Le plus grand varan vivant est le dragon de Komodo, qui vit en Indonésie et mesure 3 à 4 mètres de long ; pourrait-il en exister une espèce encore plus grande dans les marécages du Likouala ? Cette hypothèse semble susciter beaucoup plus d’intérêt chez les zoologistes que celle d’un dinosaure car un varan géant, le Megalamia, a vécu en Australie au pléistocène…

mardi 23 septembre 2003

La licorne



Au début des temps

Que de mythes courent sur cet animal merveilleux ! Je vais ici vous raconter son évolution : elle commence avant même la naissance du chamanisme chez le peuple humain…

Elle avait plutôt la forme d’une petite chèvre blanche féroce et cruelle avec une corne de pierre simple sur le front au milieu de la tête, mais cette dissemblance mise à part, elle ressemblait en tous points à une chèvre. On racontait dans les quelques villages d’hommes que sa corne avait des propriétés magiques, comme celle de purifier les eaux ou de reconnaître une femme vierge, et de toute façon, posséder une corne de licorne était sujet à de si grands prestiges que les humains étaient prêts à tout pour s’en emparer, même à en tuer. Pour ce faire, la plupart des hommes emmenaient une jeune fille vierge et la laissaient seule au milieu de la forêt, puis partaient se cacher…

Aussi vite que ses petites pattes le lui permettaient, une des chevrettes cornues dans la forêt accourait au grand galop (on n’en a jamais vu deux accourir en même temps : on estime que seule la licorne « du coin » venait), puis allaient se frotter contre la fille ravie et s’endormaient rapidement, la tête sur ses genoux et parfaitement heureuse. Les hommes sautaient sur la licorne pour la capturer ou la tuer, ou encore sciaient sa corne en entamant l’os en dessous, opération extrêmement douloureuse pour le malheureux animal qui mourait dans les vingt-quatre heures. Jamais l’une de ces créatures n’a survécu en captivité plus d’une semaine. Les licornes se laissaient mourir de faim tout en continuant à boire, et si elles s’échappaient, elles gardaient une rancune mortelle pour la jeune fille par laquelle elle avait été capturée. Beaucoup de licornes furent tuées, mais rares sont celles que l’on a capturées pour cette raison précise.

La Licorne évolue

À l’époque du Moyen Âge, les hommes qui reviennent des forêts en voient de plus en plus et la décrivent comme grandissant, et craignent qu’elle ne devienne si grande qu’elle pourrait écraser un être humain d’un sabot. Elle conserve cependant beaucoup de poils, notamment la barbiche de la chèvre, et d’autres le long des jambes. Sa queue s’agrandit de manière considérable, et de même pour sa colonne vertébrale. Les chevaux peuvent relever la queue sur une cinquantaine de centimètres, mais la licorne peut la relever et la bouger à loisir sur toute la longueur de la queue (comme un grand fouet couvert de crins). La corne devient d’or, pour son grand malheur, car lorsque les humains s’en aperçurent, elle fut traquée sans relâche pendant des années jusqu’à ce qu’ils réalisent qu’ils ne pourraient jamais l’attraper. Ses sabots gris et fendus passent à l’ivoire et prennent plus la forme de ceux du cheval domestique. Ses yeux deviennent intenses, et toutes les couleurs sont permises. Certains contes sont apparus à ce sujet, qui parlent de licornes tuant l’humain d’un regard. Son corps, qui était en tant que chèvre entre gris, beigeasse et blanc, passe au fur et à mesure des générations à un blanc si pur et si insalissable qu’aucune créature ne peut la regarder sans baisser la tête ou détourner les yeux, éblouie. Quelques siècles d’évolution encore puis elle s’arrête à la taille d’un équidé commun. Elle devient méfiante : et les jeunes filles dans la forêt voyaient la licorne non pas sortir comme une étourdie des sous-bois, mais contourner la clairière et tuer les chasseurs par divers moyens, notamment avec sa corne, mais aussi à coups de sabot. Tirant merveilleusement parti de sa taille, et se cabrait et écrasait les meurtriers sous son poids. Ici vous m’arrêterez ; comment peut-elle rester pure si elle a tué ? Le mystère demeure, mais les licornes chassées étaient sans pitié pour les hommes embusqués, sachant qu’elle les laissait fuir, terrifiés, plutôt que de les tuer. D’autant se servaient des licornes pour s’assurer de la fidélité de leurs amantes, et des jeunes filles se mirent à détester les licornes après certaines scènes de ménage que je ne rapporterai pas ici.

Une corne d’or 

La licorne est un être pur, et il en va de même pour sa corne. Tous les écrits s’accordent à concéder à cet atout d’or des propriétés magiques très convoitées par les hommes, comme décrit un peu plus haut. La plupart de ces croyances, naturellement, étaient non fondées. Sa principale fonction pour la licorne n’est pas, au contraire des idées reçues, le combat, mais bien la purification des eaux. Incapable de boire à une onde polluée sans tomber malade et parfois mourir, suivant le degré d’impureté de l’eau. Avant de s’abreuver, elle trempe donc sa corne dans les rivières, et les eaux souillées se séparent des eaux pures dans un rayon d’une vingtaine de centimètres autour de la corne, et reste en place malgré le courant tout le temps que la licorne garde son nez dans l’eau. Par ailleurs, la corne est souvent gênante pour la licorne, puisqu’elle se prend souvent dans les fourrés, les branches, la végétation. Elle ne s’en sert contre ses ennemis qu'en dernier recours. Étant pourchassé, cet animal a développé de grandes capacités de fuite et quelques-unes de combat dont il a beaucoup perdu en grandissant, la chèvre étant beaucoup plus combative et hargneuse que le cheval. De plus, sa petite taille d’antan faisait d’elle un redoutable adversaire, rapide, agile et efficace. Le cheval a beaucoup moins d’agilité, plus gros, moins stable. Cependant, cette merveille de la nature a su exploiter cette grandeur excessive en contrebalançant l’agilité par la vitesse. Au lieu de sautiller partout, elle fonce ; là entre en jeu cette fameuse corne d’or, qu’elle utilise redoutablement bien, mais relativement peu, étant très fine et aiguisée, transperce les chairs et parfois entre dans les os, mais je vous passe les charmants détails de l’attaque d’une licorne. Très peu d’hommes sont sortis vivants d’un assaut de licorne furieuse (blessée par exemple), et une licorne enragée ne cesse le combat qu’à la mort de l’un des combattants (il est effectivement rarissime qu’elle attaque tout un groupe d’humains).





Des sabots d’acier

Une licorne se sert avantageusement de ses sabots. Ils sont durs comme le diamant, et, contrairement au cheval domestique, ne prennent pas les cailloux ou les objets contondants. C’est un avantage plus grand qu’on ne le croit, car des sabots blessés ralentissent ou immobilisent. Si elle doit fuir, elle fait appel à toutes ses ressources pour distancer ses ennemis (qui sont trop souvent des hommes montés sur de très rapides chevaux), et ses sabots sont une de ces ressources. Ils ont gardé une grosse qualité de la chèvre : lorsqu’elle doit galoper sur un terrain escarpé ou rocheux, ils s’accrochent à la matière et l’empêchent de tomber (elle sait également très bien trouver la moindre partie plate à sa portée). Elle s’en sert rarement comme arme, mais lorsqu’elle est vraiment furieuse, elle utilise tous les atouts à sa disposition. C’est ainsi qu’on a retrouvé des cadavres d’hommes éventrés, piétinés, souvent non identifiables. Les sabots sont si lisses que la moindre goutte d’eau posée dessus peut retirer le long de sa trajectoire toute la poussière ou la boue d’une course.

La mystérieuse saillie

Ici, les licornes sont tellement prudentes sur leur saillie qu’aucun être n’a pu percer le secret de la façon dont la vie naît en elles. Cependant, je suis ouverte à toute suggestion, et si qui que ce soit a une quelconque information à ce sujet, précipitez-vous sur votre boîte e-mail et écrivez-moi.

Des bébés licorne

Les naissances sont rarissimes chez les licornes, puisque ces dernières sont immortelles (sauf si elles sont tuées, blessées ou empoisonnées) et que leur principale caractéristique est justement le fait qu’elles repoussent l’amour ou le sexe pour en conserver la pureté.

L’histoire des licornes

À partir du moment où les hommes pouvaient les atteindre à distance, les licornes furent décimées par centaines sans savoir d’où et comment venait leur mort, et la forêt d’Enud, le berceau des licornes et donc la forêt la plus habitée des Terres, se dépeupla peu à peu, brisant le fragile équilibre des naissances mesurées. Attention : étant donné que personne ne connaît la véritable histoire des licornes, la suite contée ci-dessous sort tout droit de mon imagination. Ce n’est que quand il ne resta plus ou prou de licornes que Merlin revint d’un voyage à l’autre bout du monde où se tenait le Conseil des Mages. Constatant le désastre, il entra dans une colère noire et terrifia le village le plus proche. Il expliqua ensuite comment les hommes avaient trouvé le moyen de les tuer sans les toucher à une jeune licorne : Merena.

C’est ici que commence l’histoire de cette licorne hors du commun. C’est elle, malgré son jeune âge et son manque d’expérience, qui suggéra aux licornes la solution qui allait sauvegarder la race. Elles se réunirent pour la première et la seule fois de leur histoire en un troupeau qui ne comptait que quelques têtes, et adoptèrent l’un des seuls étalons de la forêt d’Enud comme leader de la harde et, surtout, comme reproducteur. Il était noir comme la nuit, avec des sabots qui prenaient feu lorsqu’il galopait vite ou qu’il se fâchait, grand et fort comme un taureau, et eut vite fait de tirer parti de la chance qui lui était offerte par les licornes elles-mêmes. Cet étalon à la corne de sang imprima son nom dans la Légende : il s’appelait Turnor. Il était plus craint et haï que respecté et aimé. Il installa sa propre loi au sein du troupeau, mais les petits mâles étaient tout de même tués loin du troupeau par les mères mues par l’instinct de conservation, muettes de douleur, et qui réussirent à abuser Turnor pendant quelques années. Mais le plan de Merena avait marché : la pureté de la race des licornes avait été plus ou moins proprement conservée. Mais quand l’étalon s’aperçut de la chose, un terrible combat s’engagea entre lui et Merena, qui l’avait empêché de tuer une mère.

Les licornes noires

Depuis cette époque reculée, plusieurs licornes noires ont été aperçues dans la forêt d’Enud : ces licornes sont pour la plupart des mâles, et s’ils vivent cachés, ils sortent trop souvent pour tuer les enfants humains au berceau, ou des elfes dans leur sommeil. Les plus noirs vivent surtout dans les montagnes, suivant les traces de leurs ancêtres chèvres, et beaucoup d’entre eux ont évolué dans l’autre sens : ils ont des oreilles pendantes de chèvres et des sabots fendus qui leur permettent un meilleur déplacement parmi les rochers. Ils sont également plus petits et moins chassés par les humains, qui les craignent plus que les Grandes Licornes pour la bonne raison que le coup des jeunes filles vierges ne marche pas avec elles.

Les licornes de mer

Il existe également des licornes qui se sont développées dans l’eau salée plutôt que dans la forêt : elles ont une corne très longue comme celle du narval, sont bleues et ont des écailles à la place de la crinière. Elles n’ont pas de poumons et ne remontent que très rarement à la surface, elles se servent de branchies. Leurs origines demeurent pour le moment mystérieuses.

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samedi 8 décembre 2001

La vérité sur les vampires et le vampirisme



Où l’on apprend comment le docteur Dolphin, biochimiste, aurait élucidé les mystères du vampirisme !

Le chercheur canadien attribue à la porphyrie (une maladie congénitale du sang) les déformations physiques, la sensibilité à la lumière et la répulsion pour l’ail et les croix, des buveurs de sang. Le comte Dracula souffrait d’une maladie héréditaire. C’est « son docteur » David Dolphin, qui l’a révélé, il y a quelques jours. Non sans susciter quelque scepticisme. Car on ne traite pas les vampires à l’antimythe sans provoquer le tollé ni trouver sur son chemin quelques confrères à la dent dure qui n’hésitent pas à vous honorer du titre de docteur es-crocs.

David Dolphin, très sérieux biochimiste à l’université de Colombie-Britannique à Vancouver, ne prétend pas avoir bien connu le noble roumain, mais il estime avoir pris les symptômes du comte à rebours et les avoir clairement décodés. Selon lui, ce sont des formes multiples de la porphyrie (maladie congénitale du sang qui se manifeste généralement par une urine rouge et des crises nerveuses) qui sont à l’origine des légendes relatives aux vampires, aux goules et autres striges… Toutes les manifestations de la maladie collent au portrait-robot que trace le chercheur canadien. On saisit soudain pourquoi les vampires ne sortaient que la nuit, buvaient du sang et évitaient de manger de l’ail.

Pour rare qu’elle soit, la porphyrie se traduit essentiellement par une carence des hématies (pigmentation rouge) du sang, et elle entraîne une sensibilité, voire une allergie extrême à la lumière du soleil. De plus, les personnes qui en sont atteintes sont sujettes à de graves déformations physiques. Elles peuvent voir leur système pileux se développer anormalement et, plus impressionnant encore, leur nez et leurs doigts se décharner…  « Ce qui fait, souligne le biochimiste canadien, que ces gens finissent par avoir de véritables griffes plutôt que des mains normales. » 


L’évolution de la maladie amène également un raidissement des lèvres et des gencives du sujet atteint, dont le rictus découvre largement les dents. Et il ne faut guère que le temps d’un sourire crispé pour que, dans l’imagination populaire, des canines tout à fait moyennes deviennent de véritables crocs. Il est évident que les vampires des siècles passés étaient vraiment poursuivis par la déveine. Ils n’avaient pas de lunettes de soleil à leur disposition, et surtout, ils ne pouvaient se faire injecter des hématies. De tels traitements aujourd’hui couramment pratiqués pour lutter contre la porphyrie ne comportent à la limite que le risque de transmettre le sida. Pour ce qui est de l’ail, cette plante contient un composant chimique qui agit malencontreusement avec plusieurs enzymes du foie. Une personne en bonne santé n’a que des problèmes d’haleine, mais une personne atteinte de porphyrie voit les effets de son mal immédiatement décuplés par l’absorption de quelques gousses. Les visages poilus et défigurés des victimes de la porphyrie expliqueraient aussi la répulsion légendaire des vampires pour les miroirs et… les croix, puisque devant une telle disgrâce, les malades pouvaient se croire « possédés ». Mais ce qui frappe le plus l’imagination, c’est que n’ayant pas la possibilité de recevoir de transfusions intraveineuses, les « vampires » n’avaient au Moyen Âge, d’autre solution, suppose David Dolphin, que de « boire une grande quantité de sang. »

De plus, le biochimiste de l’université de Colombie-Britannique croit volontiers que les mariages consanguins, très fréquents il y a plusieurs siècles, ne pouvaient que favoriser l’implantation de la maladie dans des régions bien déterminées telles que la Transylvanie. Il ne fait pas référence à un quelconque sang bleu royal, mais force est de relever que la famille Stuart, notamment Marie, Henriette, la reine Anne, George III et George IV d’Angleterre, et Frédéric II de Prusse, souffraient de porphyrie.

David Dolphin estime que ce sont les  « diagnostics  » populaires qui ont durant des siècles détourné l’attention des médecins de la réalité des « vampires ». Imaginez, dit-il, comment pouvait être perçu un type qui ne sortait que la nuit, qui avait un look bestial, avec du poil partout et un ratelier démesuré… Aujourd’hui, la propriété photosensible de certains pigments du sang est devenue un atout. Un « voisin » de David Dolphin, le Dr Stephen Lam de l’hôpital général de Vancouver, « vampirise » même depuis quelques mois les bovins pour extraire de leur sang de l’hématoporphyrine, un pigment qui a une heureuse tendance à se fixer sur les cellules cancéreuses. Il injecte ensuite ce pigment à des malades dont il détecte ainsi à l’aide d’un coup de laser en lumière rouge les zones tumorales. Actifs, les pigments qui se sont fixés sur les cellules cancéreuses parviennent même à les détruire en surface… Toutefois, ces relations entre le sang et la lumière, ces histoires de vampires sous-pigmentés laissent plusieurs chercheurs totalement froids.

Certains, comme Nathan Bass de l’université de Californie à San Francisco auquel David Dolphin a récemment exposé ses théories à l’occasion de l’assemblée de l’association américaine pour l’avancement des sciences, sont carrément sarcastiques : « Vouloir expliquer les vampires et autres buveurs de sang par les débordements de la porphyrie, c’est pousser le bouchon trop loin, disent-ils. Et ils ne sont pas loin de suggérer, par dérision, un rapprochement entre les petits bonshommes venus de Mars et… la chlorophylle. Mais le vert n’est-il pas après tout aussi la couleur de la rage et de la jalousie ? »

(D’après un article du journal Libération daté du mois de juin 1985)

mardi 20 novembre 2001

La Bête du Gévaudan



Affamée et furieuse, la bête qui « dévore les filles » terrorise les habitants du Gévaudan. L’affaire durera trois longues années et s’achèvera avec la mise à mort d’un animal qui « parut être un loup, mais un loup extraordinaire ». La bête fabuleuse est plus vraie que l’animal…

Dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, la France fut le théâtre d’une affaire exemplaire qui fait encore parler d’elle aujourd’hui. Pendant près de trois ans, du 30 juin 1764 au 19 juin 1767, une centaine de « meurtres » ensanglantèrent le Gévaudan (un ancien comté qui correspond à la Lozère), l’Auvergne, le Rouergue et le Vivarais. Chaque mois apportait son lot de victimes, principalement des femmes, des jeunes filles et des enfants des deux sexes. Les témoignages et les récits des survivants désignaient un animal. Mais l’état des corps et les blessures, jugées inhabituelles, suggéraient une « beste » hors du commun. Face à l’échec des initiatives locales, M. Duhamel, capitaine-major de Clermont, reçoit l’ordre de monsieur de Montcan, gouverneur militaire du Languedoc, de donner la chasse au monstre. Des loups sont tués, sans que cesse le carnage. Les gratifications promises par les syndics et les États du Gévaudan, l’évêque de Mende et le roi de France, augmentent le zèle des chasseurs, mais la bête court toujours, délaissant le mouton pour la bergère, la vache pour le vacher.

Le 21 septembre, dans le bois des Dames de l’abbaye royale des Chazes, en Auvergne, Antoine de Beauterne, porte-arquebuse du roi, abat un grand loup. Disséqué puis embaumé, il sera présenté à la Cour comme la bête du Gévaudan. Le 4 octobre, un autre loup est chassé, le 14, une louve est abattue, les 15 et 17, deux louveteaux sont mis à mort. Les attaques cessent et le pays se croit délivré… Jusqu’en décembre 1765, où deux femmes sont attaquées, un enfant blessé et une fillette tuée. Mais, officiellement, la bête est morte et la Cour refuse d’écouter les nouvelles doléances. Alors on s’organise localement ; appâts empoisonnés et battues alternent avec les pèlerinages, tandis que la liste des victimes s’allonge : six morts en 1766, dix-huit au cours des six premiers mois de 1767. Le 19 juin, Jean Chastel, « un enfant du pays », tue une bête « qui parut être un loup, mais un loup extraordinaire et bien différent par sa figure et ses proportions des loups que l’on voit dans ce pays » (extrait d’une lettre de monsieur de Ballainvilliers, intendant d’Auvergne) ; une louve est abattue le 27 juin, et l’affaire de la bête est dès lors jugée terminée.

Terminée mais non résolue. C’est ainsi que nombre d’auteurs considèrent l’affaire, la traitant comme une intéressante énigme zoologique. À l’époque des faits, la bête est cependant considérée comme un animal réel (loup), fantastique (hybride d’ours et de singe), exotique (babouin ou hyène), comme un instrument divin (créature du diable ou punition de Dieu) ou comme un homme métamorphosé en loup (loup-garou). Progressivement, les hypothèses retenues tendent vers la recherche de possibilités inscrites dans la rationalité zoologique.

L’affaire de la bête du Gévaudan, qui a suscité plus de mille publications, témoigne de la force de l’imaginaire zoologique, à même de plonger toute une région dans une agitation fébrile, de séduire les médias de l’époque et de conserver, deux siècles et demi plus tard, le même pouvoir de fascination. La reconstitution a posteriori des faits donne à l’affaire une consistance qu’elle n’avait peut-être pas auparavant. En réalité, c’est la récurrence des crimes qui amena à penser à l’existence d’une entité unique. De fait, l’affaire de la bête du Gévaudan ne commence pas le 1ᵉʳ juillet 1764 avec la sépulture de la première victime officiellement recensée – Jeanne Boulet, 14 ans. La seconde victime, en août, réactive l’inquiétude qui s’installe, dès les 31 août et 1ᵉʳ septembre 1764, avec les deux victimes suivantes, elles aussi âgées de 14 ans. Des observations antérieures resurgissent alors de la mémoire des témoins. Jeunes vachers ou bergères du Gévaudan et du Vivarais relatent comment, l’été 1764, un gros chien s’est élancé sur eux ; vaches et bœufs, chiens ou cochons les ayant défendus, l’animal prit la fuite. Ces incidents firent peu de bruit jusqu’à ce que les crimes laissent émerger une impression de récurrence : jeunesse des victimes, en général de sexe féminin, typologie des mutilations et des blessures (décapitation, scalp, morsures de la face ou du crâne), présence d’un animal sur les lieux du drame, consommation des restes.

Toutes les théories échafaudées depuis et remettant en question la culpabilité des loups reposent sur la réflexion suivante : comment imaginer que les populations n’aient pas reconnu une espèce aussi commune que le loup, avec qui elles cohabitaient ? En fait, au cours des premiers mois, la culpabilité des loups n’est pas vraiment remise en cause. Ce n’est qu’au regard de la multiplication des victimes et des observations qu’émerge progressivement une interprétation différente. Un loup « normal » a, dans l’ordre de la nature, peur de l’homme. Un loup au comportement habituel, mais particulièrement grand, sera considéré comme un « loup étranger » en provenance des vastes plaines de l’Est ; si un loup présente une agressivité anormale, se traduisant par des déplacements effrénés accompagnés d’attaques, c’est qu’il est enragé. Cette possibilité fut évoquée dans l’affaire de la bête du Gévaudan mais les blessés ne développaient pas la rage, comme le souligne un correspondant de Duhamel (rapporté par Pourchet, 1764) : « Ses blessures n’ont point eu de mauvaises suites. » S’il y a consommation des corps, le loup est déclaré « mangeur d’homme ». Cette catégorie repose sur le postulat fondateur que le loup aime la chair humaine et la consomme quand « le besoin est extrême » (Buffon, Histoire naturelle, générale et particulière, 1761). Ce postulat justifiait l’idée que le loup représente (sous certaines conditions — la nuit, en hiver…) un danger pour l’homme et modifierait les normes régissant les relations « naturelles » homme/animal. Le loup mangeur d’homme est fondamentalement considéré comme « normal », mais exerçant ses activités de prédation hors de la gamme des proies admissibles ; il est lié à une situation de déséquilibre, soit naturel (surabondance de loups, absence de proies), soit social (guerre, famine, désordre).

Un ensemble de faits facilita, à l’époque, le passage du loup mangeur d'hommes à la bête dévorante et, réciproquement, de la bête à un surloup : le 25 novembre 1764, Montcan écrit : « On lui a même tiré quatre coups de fusil à dix pas de distance sans avoir pu l’arrêter. » Au bout de quelques mois de traque, cette mention devient récurrente et la bête, indestructible, ainsi qu’en témoigne des représentations populaires de cette époque (loup instrumenté, homme métamorphosé…). On en arrive à ne plus croire à l’existence de vrais loups. Il faut dire que, depuis la christianisation de l’Europe et les bestiaires, le loup est une métaphore du diable. Or la bête ne se conjugue pas qu’au passé, et aujourd’hui encore, elle travaille dans l’espace du mythe. D’ailleurs, l’agitation suscitée de nos jours par le retour du loup dans les Alpes montre que la bête a la vie dure…

D’après Sciences et Avenir